September 2010
M T W T F S S
« Jul    
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930  


À propos

Explorer les lisières de l’Europe, ses marges, ses zones oubliées. Un projet ambitieux, nécessaire. Alors que l’on pensait, après la chute du bloc communiste, que le continent serait rapidement unifié, les guerres dans les Balkans et dans le Caucase ou les soubresauts de la politique turque sont venus rappeler que cet espace était loin d’être encore stabilisé. Où commencent et où s’arrêtent les frontières de l’Europe ? En descendant sur un voilier la mer Adriatique, la mer Egée et la mer Noire, notre objectif est d’aller à la rencontre des populations qui vivent sur les lisières de ce continent et de faire partager un peu de leurs cultures et de leurs modes de vie au public francophone.

De fait, les mers que notre navire va parcourir ont toujours été un carrefour de civilisations, un terrain d’échanges et d’affrontement entre empires. Sur l’Adriatique, les galères vénitiennes s’opposèrent durant des siècles aux navires de l’Empire ottoman ; sur la mer Egée, les armées grecques combattirent les forces turques, avant que le détroit des Dardanelles ne devînt un des principaux théâtres d’action de la Première Guerre mondiale. Durant la Guerre froide, les communistes imposèrent leur mainmise sur la Mer Noire. Aujourd’hui, ces espaces sont entrés dans une période de recomposition. Le bloc socialiste n’est plus, mais une nouvelle guerre froide entre la Russie et les Occidentaux a peut-être commencé, et pour beaucoup de ces régions, l’Union européenne n’est encore qu’un mirage lointain… Des rivages d’Adjarie et d’Abkhazie à la Transnistrie, de nouveaux « crypto-États » forment les « zones grises » de notre continent.

Quelles sont les populations qui vivent aujourd’hui sur les rivages de ces mers ? Celles qui y ont habité dans les siècles passés ? Que reste-il par exemple des familles vénitiennes de la bouche de Kotor, aujourd’hui au Monténégro ? Qui connaît les Arberëshe, ces Albanais QUi se réfugièrent en Albanie du Sud au XVIe siècle pour fuir la domination ottomane ? Que sont devenus les villages grecs de Turquie après les échanges de populations des années 1920 ? Comment s’affirment, se font et se défont les différentes identités à Soukhoumi, Yalta, Sotchi ou Odessa ? Au fil de notre voyage, nous chercherons aussi bien à comprendre les réalités contemporaines que l’histoire sur laquelle elles s’appuient.

L’Adriatique, la Mer Noire ou le Delta du Danube, ce sont aussi des écosystèmes fragiles menacés par la pollution industrielle et le développement du tourisme de masse. Sur la côte adriatique, le bétonnage du littoral se poursuit à grands pas et les catastrophes écologiques se multiplient sur le Danube. Nous avons donc décidé de remonter les côtes de la mer Adriatique, de la Mer Égée et de la mer Noire comme le faisait les voyageurs du passé. Sur un voilier, au gré des vents et des courants. Pour évoquer les destructions environnementales et saluer les espaces encore préservés.

Les mers que nous traverserons ont, de tous temps, été parcourus par des hommes et des femmes que chassaient les guerres ou la misère, qui partaient en quête d’un nouveau destin. Depuis les Arbëresh qui fuirent la domination ottomane, depuis l’Albanie jusqu’en Italie du Sud, au XVIe siècle, jusqu’aux actuels migrants, les mers ont été le tombeau de milliers de déracinés. Ces destins d’exilés seront aussi un des fils rouges de notre navigation.

Nous voguerons aussi au rythme de la littérature. Chaque escale sera l’occasion de rendre hommage à un grand écrivain de la région, ou qui y a séjourné. Nous saluerons Ulysse à Ithaque et Miguel de Cervantès, arquebusier de la bataille de Lepante (1571). Dans les Dardanelles, nous relirons le récit des combats que fit Albert Londres. Jules Verne, Pierre Loti, Ivo Andric, Isaac Babel ou Necati Cumali nous guideront sur les flots durant les quatre mois de notre aventure, qui s’achèveront à Braila, sur le Danube roumain, pour rendre hommage à Panaït Istrati, marin, voyageur, écrivain francophone, militant révolutionnaire et anti-stalinien du début du XXe siècle.

Pour mener à bien cette expédition, notre navire sera commandé par Alain Hugues, ouvrier de la mer, marin breton d’expérience, et grand connaisseur de la Méditerranée. Deux journalistes, Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin réaliseront les reportages.